Le rôle du Rotary dans la création de l’UNESCO

Cet article est le deuxième d’une série sur l’histoire commune du Rotary et des organisations internationales.

Le Rotary International et l’UNESCO partagent une relation historique et fructueuse, fondée sur des valeurs et des objectifs communs pour la paix et le développement durable.

Depuis sa création, le Rotary International s’engage pour la promotion de la paix, de la compréhension mutuelle et de la coopération entre les peuples, jouant un rôle pionnier dans le développement d’organisations internationales dédiées à la paix dès les années 1930.

À partir de 1942, à Londres – alors même que les bombes y tombaient – des Rotariens du District 13 ont réunit des ministres de l’éducation de nations alliées, essentiellement des gouvernements de pays occupés, en exil à Londres, autour d’une succession de conférences.

Le but initial de celles-ci est de préparer ensemble l’avenir des programmes d’éducation d’Europe, qui commençaient déjà à être influencés par de la propagande : c’est la Conference of Allied Ministers on Education.

Lors de la première session, 8 pays étaient impliqués : Belgique, France, Grèce, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume Uni, Tchécoslovaquie, Yougoslavie. Puis, au fur et à mesure des années, de nombreux autres pays ont rejoint les échanges.

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Les perspectives s’élargissent

Dès 1943, des gouvernements de tous les continents s’intéressent à cette initiative, dont les représentants observent ou participent aux travaux, avec notamment les États-Unis et l’URSS, mais aussi l’Inde, la Chine, l’Australie, ou encore l’Afrique du Sud.

L’arrivée de ces nouveaux participants a considérablement élargi les perspectives et les ambitions de ces conférences, dépassant la reconstruction éducative européenne et s’intéressant plus globalement au développement de la paix et de l’entente entre les peuples à travers l’accès à l’éducation et à la culture.

Entre 1942 et 1945 auront lieu 21 sessions générales ainsi que de très nombreuses réunions de travail en commissions autour de sujets multiples. Après trois ans de travaux, la 21ème et dernière session rassemblait 18 pays. Tout au long de ces 4 années, 21 nations participèrent à ces échanges.

La concrétisation d’une idée

Des propositions furent émises dès 1944, qui envisageaient la création d’une organisation internationale pérenne autour de l’éducation, des sciences, et de la culture, comme autant de vecteurs de paix et de compréhension mutuelle.

L’année suivante voyait l’institution de l’Organisation des Nations Unies dont la charte, signée le 24 octobre 1945, prévoyait par ses articles 57 et 63 la création d’agences spécialisées.

Sur proposition de la Conference of Allied Ministers on Education, une Conférence des Nations Unies pour la création d’une organisation éducative et culturelle est convoquée à Londres du 1er au 16 novembre 1945, réunissant les représentants de 44 pays. Ils y décidèrent de créer une organisation qui incarne la culture de la paix, qui devrait enraciner la « solidarité intellectuelle et morale de l’humanité » et, ce faisant, prévenir le déclenchement d’une autre guerre mondiale. C’est ainsi que fut signée la Charte de l’UNESCO, le 16 novembre 1945.

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L’UNESCO à la Sorbonne

La première Conférence Générale de l’UNESCO se tint dès l’année suivante à Paris, du 19 novembre au 10 décembre 1946, avec des représentants de 30 gouvernements. La cérémonie d’ouverture se déroula dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. La délégation française comptait 48 personnes, parmi lesquelles nombre de personnalités de premier plan – diplomates, scientifiques, artistes et écrivains.

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En voici quelques-uns des plus illustres :

  • Léon Blum, président du Gouvernement provisoire de la République française après son retour de Buchenwald, et président de la délégation française à l’UNESCO
  • René Cassin, Rotarien, juriste et diplomate, principal contributeur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme trois ans plus tard, puis Président de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et prix Nobel de la paix
  • Robert Debré, pionnier de la pédiatrie moderne et créateur des CHU
  • Frédéric Joliot-Curie, physicien pionnier de la fission et prix Nobel de chimie
  • Gustave Roussy, neurologue et cancérologue, fondateur de l’institut éponyme
  • Paul Langevin, physicien, inventeur du sonar et soutien d’Albert Einstein
  • Léopold Sédar Senghor, poète, écrivain et premier président de la république du Sénégal
  • Louis Jouvet, comédien, metteur en scène et directeur de théâtre, professeur au Conservatoire national supérieur d’art dramatique
Le Rotary reste impliqué

De la même manière qu’avec la charte des Nations Unies et le livret « From here on! », le Rotary International publiera un livret explicatif sur la charte de l’UNESCO, intitulé « In the Minds of Men » en 1946, qui sera distribué à tous les clubs du monde – déjà près de 6000 à cette époque.

Ces deux ouvrages, parmi d’autres publiés par le Rotary International et largement diffusés, ont grandement contribué à sensibiliser rapidement les institutions de nombreuses nations sur l’importance du mouvement qui venait de se lancer.

Le Rotary obtiendra ensuite le statut consultatif officiel auprès de l’UNESCO en 1948, lui permettant de participer aux conférences de l’UNESCO, de proposer des initiatives et de collaborer directement à des projets liés à l’éducation, à la culture et aux efforts de consolidation de la paix. Des bourses d’études pour des programmes de l’UNESCO sont accordées par la Fondation Rotary dès 1948.

Cette relation particulière est aujourd’hui entretenue à travers l’action continue du Réseau des Représentants du Rotary, établi en 1991, mais aussi avec notamment le financement de bourses d’étude à l’IWE depuis 2011, mais aussi de nombreux projets éducatifs et cultures menés par clubs Rotary.

Depuis sa première promotion en 2004, le programme des Bourses du Rotary pour la Paix (Rotary Peace Fellows) forme des étudiants du monde entier, dont une bonne partie ont l’opportunité de poursuivre une carrière au sein d’organisations internationales telles que l’UNESCO.

Le Rotary International et l’UNESCO organisent également de grandes conférences lors desquelles sont mis en avant leur collaboration sur des sujets autour de la culture, de l’éducation, des sciences, de la protection de l’environnement… Ces conférences, ouvertes à tous, ont lieu tous les deux ans à la Maison de l’UNESCO à Paris, et revêtent un aspect à la fois historique et symbolique.

Pour un compte-rendu complet de l’édition 2024, cliquez ici.
L’édition 2026 aura lieu le 14 mars. Site web officiel : leforumdurotary.org

80 ans d’initiatives

Depuis sa création, l’UNESCO a joué un rôle crucial dans la préservation du patrimoine culturel et naturel mondial, notamment à travers l’adoption de la Convention du Patrimoine Mondial en 1972, qui protège aujourd’hui plus de 1200 sites à travers le monde, dont 54 en France. Elle a coordonné des campagnes internationales telles que la sauvegarde du temple d’Abou Simbel en 1960, et soutient des programmes d’éducation et d’alphabétisation pour favoriser l’accès universel à la culture et aux sciences.

En 1951, une conférence donnera naissance au CERN, dont le but premier de rapprocher les scientifiques européens évoluera rapidement vers des coopérations internationales qui occasionneront de très nombreuses découvertes fondamentales et innovations majeures telles que la construction du LHC, la découverte du boson de Higgs, les travaux sur l’antimatière, ou encore la conception d’internet.

En 1961, l’UNESCO crée la Commission Océanographique Intergouvernementale qui depuis sa création a permis une coopération internationale sans précédent sur la protection des océans, la mise en place de pratiques de pèche raisonnées, la cartographie des fonds marins, et le système d’alerte tsunami, qui avec 150 états membres a permis de sauver des milliers de vies depuis sa mise en place à partir de 1965.

Parmi les programmes plus récents on peut mentionner des travaux sur l’éthique autour du génome humain et du clonage, la sauvegarde du patrimoine immatériel, ou les recommandations sur l’éthique de l’IA.

Auteur de l’article : Pierre-Marie Achart Rotary Paris Agora (2025)
Publication originale : lien

Publié en novembre 2025 sous la license Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0.

Bibliographie : UNESCO Archives, UNESCO Digital Library, UK National Commission for UNESCO, Permanent Delegation of Portugal to UNESCO, Commission Luxembourgeoise pour l’UNESCO, The Rotarian, The National Rotarian, My road to Rotary – Paul Harris, Blog de Serge Gouteyron, From here on! – Rotary International, The World at Work – Rotary International, Histoire et histoires du Rotary – Marc Levin et Christophe Courjon, The Founder of Rotary – James P. Walsh, The Golden Wheel – David Shelley Nicholl, Adventure in Service – Rotary International, Le Rotary International 120 ans d’histoire – Arnaud Berthonnet, Seven Paths to Peace – Rotary International, Rotary Basic Library – Rotary International.